Perdue parmi des chemins de campagne dans la campagne de Sant’Elpidio a Mare, près du fleuve Chienti, se dresse une petite abbaye.
Au premier regard, elle ne paie pas de mine. Pendant plus de deux siècles, de 1790 à 2006, elle a servi de grenier, dépouillée de sa fonction originelle et presque oubliée.
Et pourtant, derrière ces murs se cachent plus de 1 500 ans d’histoire.


La consécration et les débuts
Son histoire a commencé bien avant sa reconnaissance officielle. L’abbaye fut solennellement consacrée le 14 septembre 887, en présence de l’empereur Charles le Gros, de Théodose, évêque de Fermo, et d’une remarquable assemblée de 19 évêques et 27 chanoines. Cet événement inscrivit Santa Croce al Chienti dans un système politique et religieux plus large, lié au pouvoir impérial et à la consolidation des institutions monastiques en Italie centrale.
Au cours des siècles suivants, l’abbaye devint un centre religieux et économique, contribuant à l’organisation du territoire et à la transformation des terres environnantes. Par une bulle pontificale datée du 12 septembre 1197, le pape Célestin III plaça l’abbaye sous sa protection. L’abbaye devint aussi un carrefour clé pour l’armée pontificale, servant de point de ravitaillement grâce aux réserves locales de céréales, et fournissant des chaussures aux troupes; probablement un précurseur de ce qui deviendra plus tard un district de la chaussure reconnu internationalement.
Puis, lentement, elle déclina, son rôle s’effaçant au profit de l’Abbazia di Fiastra, ses structures furent réaffectées, jusqu’à disparaître des grands courants de l’histoire. Cependant, des fouilles récentes ont révélé que sous l’église se trouve une structure paléochrétienne antérieure, encore plus ancienne que la basilique.

L’histoire de Lotario et Imelda
L’histoire de l’Abbazia di Santa Croce al Chienti, également appelée Basilica Imperiale di Santa Croce al Chienti, commence avec Lotario, un jeune chevalier d’Ascoli, et Imelda, fille d’Eufemio, un seigneur féodal local.
Ils tombèrent amoureux, mais son père s’opposa au mariage; pour les empêcher de se voir, Imelda fut enfermée dans un couvent.
Lotario la chercha à travers les terres alentour, passant d’un fief à l’autre, sans jamais la retrouver.
Imelda, isolée et consumée par le chagrin, mourut au couvent.
Lotario apprit sa mort trop tard.
De la vengeance à la rédemption
Animé par la rage, Lotario affronta Eufemio, un soir, devant sa maison, il le tua, en lui plongeant un poignard dans la poitrine.
Mais la vengeance ne ramena rien; le remords prit le dessus.
Lotario abandonna tout et se mit à errer, cherchant un lieu loin des hommes, à travers les collines et la campagne des Marches. Il s’arrêta finalement sur les rives du fleuve Chienti.
Là, selon la tradition, il construisit l’Abbazia di Santa Croce al Chienti en acte de pénitence, une manière d’expier et de chercher la rédemption.
Où se trouve l’Abbazia di Santa Croce al Chienti ?
Aujourd’hui, l’Abbazia di Santa Croce al Chienti, à Sant’Elpidio a Mare, se dresse entre le fleuve Chienti et l’Ete Morto. Son histoire raconte un amour déchirant, la violence, la rédemption, des empereurs et le pouvoir monastique.
Ensemble, ils font de ce lieu l’un des sites historiques les plus singuliers, mais encore méconnus, des Marches.

Lieux à visiter à proximité
Les environs de l’Abbazia di Santa Croce al Chienti offrent plusieurs endroits qui valent un petit détour.
- Torre di Palme : un petit village perché sur une colline dominant l’Adriatique, idéal pour un dîner romantique ou un apéritif au coucher du soleil, avec des vues qui s’étendent le long de la côte.
- Fermo : l’une des principales villes historiques du sud des Marches, avec Piazza del Popolo, des citernes romaines et une histoire stratifiée qui s’étend sur des siècles.
- Abbazia di Fiastra : une abbaye cistercienne bien préservée au cœur d’une grande réserve naturelle, idéale pour une visite paisible alliant histoire, nature et sentiers de randonnée.
- Gradara : une ville médiévale parfaitement conservée, connue pour l’histoire de Paolo et Francesca et dominée par ses imposants remparts du château. Le cadre d’une autre histoire d’amour célèbre, mais à 2 heures de route.
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